lundi 29 octobre 2018

Première Année



 Première Année

affiche Première Année
     Lorsque j'ai appris qu'un film traitant de la PACES (Première Année Commune des Études de Santé) allait sortir j'étais très intriguée, et je voulais le voir non pas pour en savoir plus sur cette année, mais connaître la vision du réalisateur. Il est intéressant d'ailleurs de signaler que Thomas Lilti, le cinéaste, est médecin généraliste et a réalisé Hippocrate ainsi que Médecin De Campagne. Etant lui-même du corps médical il prend soin de filmer des sujets qu'il connaît bien. J'y allais donc avec beaucoup d'attente et surtout dans une posture différente de la spectatrice "lambda". Ayant moi-même effectué une PACES j'avais des attentes au-delà du cinématographique, c'est-à-dire que je souhaitais voir un film reflétant ce que j'ai vécu et ce que vivent des milliers d'étudiants chaque année. Au delà des qualités d'acteurs, de mise en scène, de montage etc. dont je reviendrais dessus plus tard, le scénario et les personnages étaient pour moi au centre de mon regard. Alors Première Année a-t-il (selon moi) réussi son pari de reconstitution d'une des années les plus difficiles à réussir pour les étudiants ?

Cet article contient des spoilers

     Le film se concentre sur deux personnages, Antoine qui entame sa troisième année et Benjamin, primant - étudiant effectuant sa première PACES - qui se lance dans un concours qu'il n'a, a priori, pas mesuré l'importance de travail. Ces deux personnages vont se rencontrer dès la rentrée et s'en suit alors une année universitaire difficile. 
Tout d'abord j'aimerai revenir sur le choix de ces deux personnages centraux sur lequel le film se base et dont les étudiants (ou futurs étudiants) vont se reconnaitre. Malgré la fiction du long métrage souhaitant donc mettre en avant des cas extrêmes, ce que ces personnages renvoient n'est qu'une minorité au sein de la PACES. En effet, faire une 3ème rentrée est extrêmement difficile, le dossier doit être solide et il doit y avoir une raison très spécifique pour pouvoir y prétendre. Ce dossier est examiné et très rare sont les étudiants pouvant tenter une troisième fois la PACES. Ce personnage d'Antoine mis au premier plan est donc représentatif d'une minorité d'étudiants et, par conséquent, ne s'adresse pas au plus large public qui pourrait se reconnaitre en lui. Ensuite Benjamin, un cas plus régulièrement aperçu dans les amphis de médecine, reste également une minorité: un primant obtenant son année, cela se voit chaque année, mais lorsque celui-ci montre dès le départ une faible motivation, cela reste compliqué. Ce personnage travaille, s'acharne mais dans quel but ? Dès le départ, le réalisateur montre un clivage entre: ce que le personnage souhaite et ce qu'on lui dit de faire. Tenter une PACES doit être une envie et une motivation dès la pré-rentrée en août, sinon le retard s'accumule et il est difficile de le rattraper. Cela se produit mais n'est pas une majorité, et cela même si la famille est dans le métier. Ce film ne montre donc pas un quotidien général au sein des étudiants de première année malgré le fait qu'on puisse se reconnaitre dans l'acharnement des personnages et leur quotidien: du travail jour et nuit.
Bien que la fin reste fictionnelle, et donc amenée vers un idéal pour les personnages, les larmes de Benjamin restent justes et puissantes dans ce qu'elles signifient sur la pression que l'on exerce sur les étudiants. Je regrette cependant que la voix n'ait pas été donné à plus de profils d'étudiants différents. Ici on a le clivage entre : parent(s) dans le corps médical "donc" l'enfant réussi, contre parent(s) extérieur(s) à ce milieu "donc" l'enfant n'y arrive pas. Ce clivage m'a trop été donné à voir durant ma propre année ne reflétant, selon moi, absolument pas la réalité des faits, et apportant qu'un cliché supplémentaire. Le film pourtant se voudrait à la limite d'un documentaire fictionnel, un aspect qui me plaisait surtout pour donner à voir ce monde difficile. La réalité est telle que le concours et les enseignants insufflent aux étudiants un esprit individuel, méchant, à l'opposé de la bienveillance (un comble pour de futurs professionnels de santé). Thomas Lilti retransmet aux spectateurs l'impact que peut avoir une année de PACES sur de jeunes étudiants, et pour avoir discuté avec des lycéens, beaucoup ne sont pas préparés à ce qui les attend (aussi bien sur le plan du travail que psychologiquement). J'ai beaucoup trop entendu "le plus important ce n'est pas de comprendre mais d'apprendre" et "tant mieux si des étudiants partent en dépression car cela fait gagner des places" et cela m'a écoeuré. Je donne régulièrement l'image de l'entonnoir pour faire comprendre aux personnes extérieures ce qu'on vit lorsqu'on entame ces études, le film renvoie cette métaphore sans omettre les difficultés d'intégrations. 

     Si Première Année renvoie aux spectateurs ce qu'est la PACES et ce que peut vivre les étudiants, le film ne propose pas une parole multiple et ce concentre uniquement sur deux personnages loin de représenter une majorité. Les acteurs Vincent Lacoste et William Lebghil sont bons et le scénario crédible (bien que romancé sur la fin), quand à la mise en scène elle reflète l'idée du réalisateur et permet de symboliser la masse de travail et l'acharnement des étudiants. Tout est calibré et répond aux attentes en transmettant les enjeux du sujet abordé par le cinéaste. Malgré tout Thomas Lilti n'a pas totalement réussi son pari en intégrant deux protagonistes aux trajectoires singulières et non représentatives de la majorité des parcours des étudiants en PACES. Il est donc intéressant de voir ce film pour ce donner une idée globale mais il faut garder un esprit critique et reconnaitre qu'il s'agit avant tout d'une fiction qui prend ses bases dans le spectaculaire et non dans le commun. J'ai personnellement éprouvée des difficultés durant cette première année qui était aussi ma première année universitaire, j'ai été entourée et épaulée mais la solitude arrive vite et on se s'en bien souvent dépassé par tout ce travail d'abondance. Il est donc nécessaire, si vous avez un étudiant dans votre famille ou proches, de soutenir et d'être présent durant cette année. Pour moi cela m'a été vital et j'ai pu relativiser grâce à eux, il est important de montrer aux étudiants que le plus important c'est d'essayer et d'être en bonne santé.    


N'hésitez pas à partager votre avis sur Première Année par commentaire ou votre impression sur la PACES.



Première Année, un film de Thomas Lilti sortie le 12 septembre 2018. Avec Vincent Lacoste, William Lebghil, Darina Al Joundi, Alexandre Blazy, Benoit Di Marco etc
Pour consulter mes autres critiques de films.   Mon précédent article






A très bientôt entre deux lignes.

Marine








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